Immigrés
S1, E2: 1945, c'est le début d'une autre histoire, le temps de l'enracinement. La vie des travailleurs Algériens et Marocains s'organise désormais autour des cafés, des hôtels, des épiceries... Ils ont été rejoints par leurs épouses. Des enfants naissent en France. Tous prennent de plein fouet la guerre d'Algérie, qui s'exporte sur le territoire métropolitain où les attentats se multiplient. Pour les autorités, les Nord-Africains sont désormais des suspects, sans distinction. La violence policière atteindra son paroxysme le 17 octobre 1961. Chèrement gagnée, l'indépendance n'inversera pourtant pas les flux migratoires. Et les Algériens continueront d'affluer massivement vers la France et ses bidonvilles, où ils sont désormais des immigrés. Sur fond de misère, le fossé se creuse avec leurs enfants qui fréquentent les écoles de la République et s'immergent dans la culture française. Mai 1968 fait surgir la "question immigrée" dans le débat public et suscite une vaste campagne de relogement dans des foyers et des HLM. C'est l'occasion pour l'opinion de découvrir la présence discrète des travailleurs africains. Issus eux aussi de la colonisation française, ce sont pour la plupart des musulmans venus du Sénégal, du Mali et de Mauritanie. Mais les années 1970 restent celles d'un interminable après guerre d'Algérie : crimes racistes, difficile cohabitation entre Nord-Africains et Pieds-noirs dans le sud-est de la France, drame des Harkis, toujours parqués dans des camps... Au seuil des années 1980, les enfants d'hier sont devenus des adolescents. Ils vivent aux Minguettes, à Nanterre, ou à Marseille, on les appelle encore immigrés. La France ne les a pas vu grandir. Elle va bientôt apprendre à compter avec eux.
